Comment les cadres sont soumis aux poids des apparences

par Cadreo




14 ans après Le poids des apparences, le sociologue Jean-François Amadieu, spécialistes des déterminants physiques, publie La Société du Paraître (Odile Jacob). Il revient sur les discriminations physiques dans le monde du travail et comment elles jouent sur la carrière des employés.

photo_amadieu14 ans après Le poids des apparences, vous publiez La société du paraître, qu'est-ce qui a changé depuis ?

Il n'y a pas eu de véritable changement mais le poids des apparences c'est encore renforcé. Les recruteurs traquent dorénavant les candidats sur les réseaux sociaux et ont accès à leur image en ligne. De nombreuses études ont démontré très précisément comment aujourd'hui le physique joue sur une carrière. Une femme considérée comme belle percevra ainsi une rémunération 8% supplémentaire à la moyenne. On sait aussi qu'une femme blonde touchera un salaire plus important mais que sa blondeur lui bloquera très certainement l'accès à des postes à responsabilités... Quant à un homme, il est préférable d'être grand pour monter les échelons...

Comment expliquer que le physique ait une telle importance dans le marché du travail ? 

Disons que le jeunisme n'est pas qu'un concept... Alors que le marché de l'emploi se tend de plus en plus, on associe également la beauté du corps à une bonne santé physique et in fine à la productivité du salarié. La santé des employés préoccupe aujourd'hui davantage les employeurs car ils savent que ce sont des salariés moins souvent absents. Mais c'est tout de même assez contradictoire dans une société vieillissante de miser autant sur sa jeunesse. Même si les jeunes diplômés ont souffert de la crise, le chômage des seniors est celui qui recule le moins en période de reprise. Tout est fait pour cacher des vieux de plus en plus présents...

 Comment les cadres perçoivent ces injonctions ? 

Ils semblent avoir accepté le jeu mais ne pas vouloir s'en contenter. Je m'explique : 75% d'entre eux jugent qu'il faut mettre une photo de profil sur son CV. Ils ont donc intégré que leur image est une information offerte aux recruteurs. A ce titre, la mode des CV vidéo est l'illustration criante de l'importance accordée à l'apparence. Mais quand on demande aux cadres sur quoi ils souhaitent être jugés, tous répondent leurs compétences. Pourtant même sur le marché des cadres, il n'y pas que le diplôme et l'expérience qui déterminent la suite d'une carrière...

Pourquoi les entreprises ne sont pas plus souvent condamnées pour ces pratiques discriminantes ?

Pendant des années les pouvoirs publics se sont attaqués aux discriminations liées au sexe ou à la couleur de peau mais pas au physique. Le Défenseur des droits ne reconnait cette discrimination que depuis 2014... 

Comment lutter contre cette forme de discrimination ? 

Déjà, rendre les CV totalement anonymes, sans photo. Il faut aussi faire appliquer la loi. Aujourd'hui, il est interdit d'utiliser des informations sans rapport avec un poste par exemple. L'Etat doit aussi s'emparer du sujet et permettre aux employeurs de recourir aux tests de compétences qui existent. Ces derniers sont nombreux et bien plus fiables qu'un entretien entre un candidat et un recruteur.

 

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