Les cadres seniors, mal-aimés de l'entreprise ?

par Cadreo




Comment maintenir les plus de 50 ans en emploi, et leur permettre de cotiser suffisamment pour leur retraite, alors que les entreprises embauchent en priorité des salariés plus jeunes ?

A priori, tout va bien pour les cadres. Leur taux de chômage est au plus bas (3, 5%) et leurs prévisions de recrutements vont bon train : 210 000 cette année et jusqu'à 250 000 pendant les trois prochaines. Autre bonne nouvelle, les quinquas seraient particulièrement recherchés des entreprises, avec des prévisions d'embauche qui ont augmenté de 6 % en 2017, selon une étude de l'Apec. De même, Pôle emploi a publié, début décembre, des chiffres encourageants pour les cadres seniors. Sur un panel d'individus de plus de 55 ans et au chômage entre 2014 et 2016, 67 % des cadres ont retrouvé un emploi deux ans après contre seulement 30, 6% du reste de la cohorte.

Tout irait donc pour le mieux chez les cadres... Ce serait oublier ce chiffre : seulement 52 % d'entre eux sont encore en activité au moment de prendre leur retraite.

> A partir de quand devient-on un cadre "senior" ?

Trop vieux, trop chers ?

"Les cadres seniors attirent et inquiètent à la fois. D'un côté, on loue leur expérience, de l'autre on se demande s'ils suivront la cadence. Les jeunes manquent d'expérience, les vieux sont sur-qualifiés et on ne les considère plus comme force de proposition", résume Olivier Roditi. Cet ancien cadre (69 ans) peine à comprendre que l'âge soit un facteur discriminant. "Après six mois de prospection bien ciblée et malgré un CV bien rempli, ma conclusion c'est : trop vieux, trop cher", avance de son côté, Laurent Louis, 57 ans. L'âge est en effet un des facteurs discriminants les plus souvent cités, devant l'origine, une situation de handicap ou le sexe.

A 54 ans, Pascal Mothe s'est retrouvé au chômage après un licenciement début 2016 : "Après cela, j'ai tenté une expérience d'import-export entre la France et Bali, où vit mon frère. Cela n'a pas fonctionné comme nous l'espérions et je cherche à nouveau un emploi depuis trois mois. La situation me paraît très compliquée. Et même si j'ai divisé mes prétentions salariales par 2, je sens bien que mon âge est un frein. Rien n'est fait pour valoriser les connaissances des seniors. L'Apec, à part faire des campagnes de communication, je ne vois pas son utilité. Quant au gouvernement, il devrait davantage s'atteler à casser les préjugés qui entourent les seniors". D'autant qu'avec l'allongement de l'âge légal de départ à la retraite (62 ans ou 67 ans pour ceux nés après 1955), il va être de plus en plus difficile d'atteindre le quota d'annuités. Et les dispositifs qui ont permis à des baby-boomers de partir pour carrière longue ou en pré-retraite, ont certainement validé cette idée que passer un certain âge, on n'est plus bon à rien...

Une idée reçue selon l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT), qui expliquait dans un article paru en 2014 que "contrairement aux représentations, les études relèvent que les pertes de capacités physiques ou cognitives dues au vieillissement naturel restent modérées jusqu’à 65-70 ans, et qu’elles sont compensées par l’expérience. À 60 ans, un salarié en bonne santé dispose encore de 80 % des potentialités dont il disposait à l’âge de 20 ans". 

Le contrat de génération enterré

Fin septembre, la réforme du Code du travail a mis fin au dispositif des contrats de génération. Créés sous la présidence de François Hollande, ces contrats favorisaient l'embauche de jeunes en contrat de travail à durée indéterminée tout en maintenant les seniors dans l'emploi afin de transmettre les savoirs et les compétences. Michel Forissier, co-rapporteur LR du texte au Sénat, expliquait que cela avait été un "échec. Le gouvernement nourrissait de fortes ambitions en 2013 (...) en se fixant comme objectif 85 000 binômes formés en 2013 et 100 000 en année pleine. Il n'y en a eu seulement 14 825 en 2013, 20 000 en 2014 comme en 2015 et 2016". Un dispositif qui avait néanmoins le mérite de valoriser les connaissances des quinquagénaires. "En Allemagne, il est classique que les seniors travaillent main dans la main avec les plus jeunes dans un souci d'échanges et de transferts d'expérience. Les plus âgés ne sont pas forcément leur supérieur direct mais plutôt des accompagnateurs. La France devrait développer ce type d'initiatives", explique Laurent Louis.

La culture d'entreprise française est aussi critiquée. "Les dirigeants, les DRH devraient davantage accepter la diversité", s'agace Olivier Roditi. "Les recruteurs sont trop frileux mais ils oublient ce qui compte vraiment en entreprise : le savoir-faire et le savoir-être", ajoute Pascal Mothe.

Manque de formation des cadres

Pour les cadres, comme pour l'ensemble des salariés, la meilleure façon de rester dans l'emploi c'est de se former tout au long de sa carrière. Pourtant seulement 50 % des salariés de plus de 50 ans suivent une formation, selon la Dares (étude 2016), contre 62 % des moins de 50 ans. Manque d'informations, doute sur les conséquences concrètes en termes de carrière, moindre investissement professionnel... Près des trois quarts des seniors déclarent ne pas souhaiter suivre une formation. Parfois, c'est le système qui leur en limite l'accès. "Mon Droit individuel à la formation est plafonné. J'ai voulu suivre une formation en anglais mais ce n'est pas prioritaire selon Pôle emploi", s'énerve Pascal Mothe.

Preuve que la formation est indispensable et que les seniors sont adaptables : suite à un partenariat avec Pôle emploi, l'Ecole 42, qui forme au codage, s'est ouverte aux seniors pour les aider à retrouver le chemin de l'emploi. Résultat, 70 % des seniors formés dans cette école ont retrouvé un emploi. "En un mois de présence j’ai l’impression d’avoir appris davantage que pendant toute ma carrière" confiait Fred, 54 ans, au journal Le Parisien. Xavier Niel, fondateur de l'école, estimait lors du lancement de la formation qu'à "Pôle emploi, il y a aussi des génies encore inconnus. On va essayer de les prendre en main et de leur apprendre un métier ou les remettre à niveau".

La formation est aussi plébiscitée pour la reconversion. Par choix ou manque d'opportunités professionnelles, de plus en plus de cadres choisissent de changer de vie. Nombre d'entre eux passent alors par la case entrepreneuriat. Une récente étude menée par la banque HSBC révèle que "la proportion d'entrepreneurs chez les adultes de 50 à 64 ans (18%) est plus élevée que chez les jeunes de 18 à 29 ans (11%)". D'où le succès du portage salarial, qui offre en plus la sécurité du salarié, même s'il semble limiter à certains profils, notamment des consultants. Parmi les atouts des seniors : l'expérience bien sûr mais aussi un carnet d'adresses bien rempli. Ces cadres entrepreneurs ont en plus le mérite de faire bouger les lignes et de donner une image dynamique. "L'âge c'est dans la tête", conclut Olivier Roditi.

> Trois histoires de reconversion professionnelle

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