Les clichés qui collent au management français

par Cadreo




Dans un article, le Financial Times présente un ouvrage recueillant les témoignages de 2 500 salariés étrangers travaillant dans les sociétés du CAC 40. Ils donnent leur point de vue sur notre management : réseau, réunion, plafond de verre, promotion... Tout y passe !

"En France, les promotions sont assez justes, jusqu'à un certain point. Il existe un plafond de verre, et pas uniquement pour les femmes. Tous les Français s'en rendent comptent" . Interrogé par le Financial Times pour son ouvrage collaboratif sur le management français, Ezra Suleiman, professeur de sciences politiques à l'Université de Princeton, revient sur les tensions qui font jour lorsque différentes cultures d'entreprise se rencontrent. Et de citer, la fusion houleuse entre Air France et la compagnie hollandaise KLM ou encore l'éviction de l'hommes d'affaires germano-canadien Chris Viehbacher, à la tête du laboratoire pharmaceutique français Sanofi. Le motif évoqué : des incompatibilités de styles de management...

Pour leur ouvrage, les auteurs - dont Franck Bournois, doyen de l'ESCP Europe - ont interrogé 2 500 managers issus de 96 pays nationalités et travaillant dans les 40 plus grandes entreprises françaises comme BNP, L'Oréal et LVMH. Ils s'interrogent sur la façon dont la digitalisation et la mondialisation ont pu modifier le management à la française. Premier constat : plus des 3/4 des entreprises du CAC 40 ont mis à leur tête d'anciens élèves d'HEC, de l'ENA ou de l'école des Mines. Une méritocratie qui élève surtout des barrières entre ceux "qui en sont" et les autres. Un réseau professionnel qui conduit, selon M. Suleiman, à "la mort de la France, (alors que) toutes les décisions sont prises par une poignée de personnes".

Le chef a toujours raison

Parmi les critiques émises par les managers étrangers, on retrouve les stéréotypes traditionnelles du "French management" : centralisé, hiérarchique et rigide. Pour un des cadres interrogés, la règle d'or c'est que le chef a toujours raison. Mais selon les auteurs, les choses sont fort heureusement un peu plus nuancées. "Dans le passé, les gens marquaient une distance respectueuse au chef. Maintenant, les équipes se sentent plus proches du patron et les managers montrent davantage d'esprit entrepreneur".

Le rapport à l'anglais est l'un des signes les plus visibles de cette évolution. "Avant 2000, si les étrangers n'avaient pas une bonne maîtrise du français, les opportunités de carrière étaient limitées. Maintenant, c'est presque l'inverse : une excellente maîtrise  de l'anglais est nécessaire pour accéder aux positions les plus élevées", explique Franck Bournois.

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Arrogants, débatteurs à la machine à café et individualistes les Français ? 

Selon un autre cadre participant à l'enquête, si les managers français sont extrêmement polis, "une suggestion  cache bien souvent un ordre". Pour un autre, les compliments sont également trop rares. "La culture française fait que l'on souligne seulement ce qui n'a pas bien été fait".

Les femmes interrogées soulèvent d'autres questions. Les hommes interrogés ont perçu leurs homologues masculins comme humains, modestes, éthiques, collaboratifs, etc. Les femmes les jugent "orientés vers la performance, décideurs, visionnaires  mais aussi arrogants et individualistes".  Preuve que les clichés collent aux Français, ils seraient prompts à débattre "jusqu'à la mort sans jamais prendre de décisions", selon un autre salarié étranger. Un des moments privilégiés pour les Français : la machine à café "où tout se passe sous forme de réunions informelles, souligne un autre étranger. Les gens ne sont pas suffisamment informés des décisions".

Mais, écrit le Financial Times, le passage de 3 à 7 directeurs étrangers à la tête d'entreprises du CAC 40 est un signe d'ouverture. "Cela n'aurait pas été envisageable encore récemment", conclut Ezra Suleiman.

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