Interview : Comment bien manager à l'heure du tout numérique ?

par Cadreo




Pour Isabelle et Frédéric Rey-Millet, auteurs de "Management Game 2", le numérique oblige à modifier ses pratiques managériales afin de faire progresser les collaborateurs et créer une ambiance de travail propice à la créativité.

ManagmenetGame"Le numérique rebat les cartes du monde de l'entreprise et du management. Mais faut-il y voir une solution miracle ou une grande illusion pour les dirigeants et les managers ? Devons-nous manager différemment grâce ou à cause du digital ? " Isabelle et Frédéric Rey-Millet poursuivent leur réflexion sur le management et s'interrogent sur ce qui fait le manager d'aujourd'hui.

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Quelles sont les qualités indispensables pour animer une équipe ? Pourquoi l'entreprise doit intégrer davantage la variable du jeu ? Comment gérer les générations X, Y ou Z... Explications avec les auteurs de Management Game 2 : Les nouvelles règles du jeu pour manager à l'heure du digital.

En quoi le numérique a-t-il changé le management ?

I-ReyMilletAujourd'hui, si un collaborateur n'est pas content de son entreprise, de son supérieur, il va claquer la porte puis écrire un commentaire incendiaire sur les réseaux sociaux. Il y a donc un impact, un retour immédiat sur le management. De même, auparavant les managers pouvaient - consciemment ou non - retenir l'information pour asseoir leur pouvoir. Ce n'est plus possible  : désormais avec Internet les informations se transmettent très rapidement et les collaborateurs parlent et échangent énormément. Ils sont dans un fonctionnement très transparent.

F-ReyMilletIls attendent de leur manager qu'il fasse le tri entre les informations pertinentes et celles qui ne le sont pas, puis qu'il mette en place un plan d'actions. Très clairement, avec le numérique, les managers ne peuvent plus être "mous". Il faut prendre des décisions rapidement et ensuite, une fois que la stratégie a été clairement expliquée, être dans un rôle d'accompagnement.

 

Passer de chef à leader... ?

Oui, c'est l'idée. Les salariés ont des attentes très fortes vis à vis de l'entreprise. Ils souhaitent davantage être autonomes et se sentir acteurs de leur carrière. L'autorité des cadres doit progressivement glisser de celle du manager pur à celui de manager leader, soutenant le travail de ses équipes. Pour cela, il faut faire confiance. Au quotidien, il faut les aider à progresser et leur offrir un environnement de travail qui fasse sens. Il faut expliquer le pourquoi des choses mais laisser aux salariés le "comment faire". Il faut leur proposer de les aider mais ne surtout pas faire les choses à leur place. C'est un peu le principe des entreprises libérées qui fonctionnent avec des mentors plutôt que des supérieurs.

Vous écrivez que le rôle de manager ne fait plus rêver

Il n'a jamais vraiment fait rêver : le manager est entre l'enclume et le marteau, c'est un job à la con ! Et le contexte n'est pas très stimulant : quand bien même l'ascenseur social fonctionnerait encore, le modèle de carrière pyramidale a du plomb dans l'aile. Les salariés préfèrent être très bons dans ce qu'ils font et changer régulièrement de projets plutôt que de monter dans la hiérarchie. Faire carrière n'intéresse plus.

C'est vrai pour toutes les générations en entreprise ?

Oui, ce n'est pas propre à la génération Z ou Y. Les X ont peut-être fini par reproduire le type de management qu'ils avaient subi mais si vous demandez aux salariés, qu'importe son âge, ce qu'est un bon manager, il décrira un leader plutôt qu'un petit chef. Le schéma soldats/officiers n'est plus d'actualité. S'il l'a jamais été...

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Quelles pratiques mettre en oeuvre pour retenir les salariés ?

Il faut les laisser expérimenter, essayer de nouvelles choses et, surtout, accepter qu'ils puissent échouer. Il faut sortir du mythe du "tout est parfait". Les entreprises doivent également s'inspirer du fonctionnement des startups. Alors que les salariés veulent s'investir, elles doivent développer l'intrapreneuriat, les laisser s'exprimer et, in fine, trouver des idées novatrices.

Le jeu est une autre composante importante du management. Il faut arrêter avec l'image de l'entreprise sérieuse et au contraire faire en sorte que les gens s'y sentent heureux, qu'ils aient du plaisir à se rendre au travail. C'est ainsi que l'on peut laisser la créativité s'exprimer et, au-delà, tout simplement vivre mieux. Le jeu lève la pression, il stimule et a des vertus énergisantes.

Vous consacrez vos dernières pages au bien-être du manager, pourquoi ?

Le numérique épuise ! Et un manager épuisé est un manager peu efficace. Il est important de déconnecter, de prendre du temps pour soi. Nous sommes habitués à courir après le temps, toujours sollicité par nos écrans : l'ordinateur la journée pour travailler, le soir devant nos tablettes pour regarder les dernières séries avec un oeil rivé sur nos mails... Tout en restant assis la plupart du temps !

La distinction vie pro-vie privée n'a pas vraiment de sens selon nous. Pour être un bon manager, il faut être bien dans son intimité. Ce que nous recommandons est assez simple mais efficace : bouger plus, manger mieux, dormir correctement. Tout le monde le sait mais qui le fait ?

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Management Game 2  : Les nouvelles règles du jeu pour manager à l'heure du digital, Edition Leduc.s, 320p, 24€

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