L'intelligence artificielle au travail : entre craintes et fascination...

par Cadreo




La plupart des dirigeants et managers prévoient des retombées positives de l’IA, notamment grâce aux objets connectés. Mais ils sont également plus de 60 % d'entre eux à craindre l’apparition de nouveaux risques psychologiques. L'IA pourrait aussi profondément modifier le travail des managers...

Dans leur rapport, Intelligence artificielle et capital humain, le cabinet de conseil The Boston Consulting Groupe et la mutuelle Malakoff Médéric ont interrogé des dirigeants et managers d'entreprise sur leur perception de l'IA. Le résultat est pour le moins mitigé. Plus que la question de la disparition du travail, leurs craintes portent essentiellement sur la dégradation du travail. Pour 39 % des dirigeants, 28 % des managers et 34 % des salariés, le développement de l'IA risque de déshumaniser le travail et d'entraîner une perte du lien social. 70 % des managers estiment également que les robots entraîneront une hausse du reporting et du contrôle. Ils sont presque autant à s'interroger sur des questions éthiques : protection des données personnelles, respect de la vie privée, etc.

A contrario, environ 70 % des dirigeants et managers prévoient des retombées positives de l'IA, notamment grâce aux objets connectés, souligne l'enquête. Pour autant, ils sont plus de 60 % à craindre l'apparition de nouveaux risques psychologiques. Du côté des salariés, "seuls 4 sur 10 s'attendent à un impact positif, et 1 salarié sur 2 redoute ces nouveaux risques psychologiques". 

Des craintes assez logiques : alors que la machine était jusqu'alors dominée par l'homme, avec l'IA ce sont les robots qui pourraient dicter le travail des hommes, comme pour les opérateurs de "picking" dans les entrepôts. Et, même si l'IA permet d'alléger la pénibilité, "les ergonomes notent cependant que l'interaction avec une machine peut conduire à l'émergence de nouveaux gestes répétitifs", précise le rapport.

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Ça c'est pour le scénario le plus sombre de l'arrivée de l'IA en entreprise. Ce que les auteurs nomment la logique "rationalisante", quand le travail est piloté par les algorythmes. A l'inverse, dans la logique "capacitante", le collaborateur voit ses compétences accrues par l'appui de la machine. C'est l'émergence du salarié "augmenté". Assisté de l'IA, il se concentre alors uniquement sur des tâches à forte valeur ajoutée. 

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L’IA, tout le monde en parle...

Pour les auteurs de l'étude, les craintes liées à l'IA s'expliquent en partie par un manque d'informations. "75 % des dirigeants et 8 salariés sur 10 connaissent l’IA mais ils n’en n’ont pas une connaissance précise (et) 41% des salariés ne savent pas si leur entreprise envisage de (l)’utiliser dans les 5 ans qui viennent". Les dirigeants sont également dans l'incertitude : seuls 20 % d'entre eux déclarent en faire une priorité stratégique. Les managers se distinguent : plus de 70 % d'entre eux se disent prêts à travailler avec une IA, contre 44 % des salariés. "Dirigeants et managers sont d’ailleurs plus de 60 % à souhaiter que l’IA traite une partie de leurs tâches, contre 36  % des salariés", souligne l'étude.

Quelles conséquences pour les managers ?

La transformation numérique des entreprises a déjà conduit à l'élimination de certaines strates en entreprise. Mais l'IA pourrait apporter encore davantage d'autonomie aux équipes et faire évoluer le rôle des managers. Le management de proximité sera remis en cause et l'émergence en cours du manager agile, renforcé. Coach, il pilote la performance, accompagne le changement et les transformations organisationnelles, anime le collectif, donne du sens aux missions des collaborateurs.

> Les 12 principes à suivre pour devenir une entreprise agile

Comme l'expliquait au journal L'Opinion, Cécile Dejoux du Cnam, le manager augmenté maîtrisera davantage de compétences numériques, de compétences en agilité ou encore en design thinking. Mais "le déploiement de l’IA ne pourra s’effectuer dans de bonnes conditions sans un accompagnement des managers, à la fois pour leur permettre d’appréhender le phénomène et d’accompagner leurs équipes, mais également pour leur permettre d’évoluer eux-mêmes et d’adopter leur posture dans ce nouveau contexte", mettent en garde les auteurs de l'enquête.

Le DRH "augmenté", porteur de sens au travail

Un acteur en particulier de l'entreprise sera concerné par l'IA. Le DRH, selon l'étude, sera un des salariés le plus facilement libéré des tâches chronophages. Ce temps gagné lui permettra de se concentrer davantage sur son métier et notamment la gestion des talents et l'accompagnement des collaborateurs. Mais le DRH devra aussi évaluer et "encadrer la collaboration homme-machine, renforcer les aspects relationnels des emplois impactés, mettre en place les indicateurs qui permettront de comprendre finement les impacts de la généralisation de l'IA dans le travail".

Au-delà, il lui faudra, comme les autres managers, réussir à donner du sens au déploiement de l'IA et réussir à l'adapter à la culture de l'entreprise. Le DRH devra aussi comprendre et "accompagner des formes d'organisations, plus transparentes, moins hiérarchiques et coopératives". Vaste chantier...

> Portrait-robot du cadre RH

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Crédit photo : Istock, xijian

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