Etes-vous victime du syndrome de la dispersion ?

par Cadreo




Dès les années 1970, l'universitaire Henry Mintzberg expliquait comment les activités des cadres étaient fragmentées en tâches brèves et diverses. Un phénomène qui n'a fait que s'accentuer avec les outils numériques et qui use les salariés.

L'information a fait le tour du web. Selon le cabinet Stimulus, 52 % des salariés français présentent des "niveaux élevés d'anxiété", 24 % seraient en "état d'hyperstress", 16 % développent "probablement un trouble anxieux" et 6 % sont carrément en dépression.

Parmi les facteurs d'explication, les cadres, comme les non-cadres, citent "devoir traiter des informations complexes et nombreuses" et "manquer de temps". Le constat n'est pas nouveau. En 2011, l'Observatoire sur la responsabilité sociétale des entreprises (ORSE) expliquait que 7 managers sur 10 souffraient de surcharge informationnelle. Encore avant, le professeur en management Henry Mintzberg avait expliqué, dans les années 70, que les cadres faisaient face à une fragmentation accrue marquées de leurs tâches, de plus en plus brèves et diverses. Et il paraîtrait même que Voltaire se plaignait d'être déconcentré par le courrier auquel il s'obligeait à répondre... C'est ce qu'on appelle le syndrome de la dispersion.

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Réunions, coups de fil et mails intempestifs, appels au secours des collaborateurs... Les cadres sont en effet régulièrement dérangés dans leur mission. Parfois, ils s'en détournent aussi volontiers, faisant une pause à la recherche d'un bon plan vacances. Mais quand on sait qu'après chaque lecture d'un email, il faut 64 secondes pour se reconcentrer, on n'ose imaginer le temps nécessaire après qu'un cadre a déniché un vol en promotion...

Le "zapping attentionnel", le propre de l'homme ?

Notre manque de concentration au travail est-il uniquement lié aux nouvelles technologies ? En même temps que je rédige ce papier, je reposte sur les réseaux sociaux celui de la veille et m'assure du nombre de vues qu'il a généré en surveillant les statistiques sur l'outil Analytics. Quant à ma messagerie, elle génère une fenêtre de rappel : dans 30 minutes "Réunion debrief newsletter".

Dans un dossier consacré aux nouveaux modes de travail, le magazine Sciences Humaines cite Jean-Philippe Lachaux, auteur du Cerveau attentif.  Ce dernier évoque le "zapping attentionnel" ou pourquoi le mode multitâche du cerveau est quasiment constant et nécessaire. "Pour survivre, tout animal doit à la fois se concentrer sur ce qu’il fait (suivre sa piste) et se montrer attentif à son environnement", explique l'article.

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La sociologue Caroline Datchary (La dispersion au travail) fait le même constat : la dispersion fait partie intégrante de nos modes de travail. Mais selon elle, il est nécessaire d'apprendre à gérer cette dispersion. Ainsi, avant de sauter d'une activité à une autre, elle juge utile de "savoir par où commencer". Et un autre problème de notre capacité à "switcher", c'est que notre cerveau y prend goût. Il demande alors une dose d'informations variées de plus en plus forte... Jusqu'à épuisement. 

Le management de l'urgence

L'organisation des entreprises a également conduit à cette "surcharge informationnelle". Michel Kalika, professeur de management à l’IAE Lyon, estime que l'aplatissement des structures pyramidales oblige les salariés à être de plus en plus multitâches. Plus responsables car moins soumis à une hiérarchie, ils doivent aussi travailler davantage. C'est l'un des freins à l'autonomie tant demandée et vantée en entreprise. Plus on est responsable de son travail, plus les tâches sont nombreuses avec le stress qui en découle. C'est le lean-management des années 70 qui repose sur l'idée du "Zéro délai, Zéro stock, Zéro défaut". Un management de l'urgence, de la flexibilité qui a gagné quasiment tous les secteurs d'activité.

Dans Le maniement des hommes hommes, essai sur la rationalité managériale, Thibault Le Texier, explique que la rationalité managériale a atteint son pic avec les entreprises libérées. Le personnel encadrant n'est plus là pour leur taper les doigts en cas d'erreur, chacun se manage tout seul. La pluri-activité est devenue la norme. Si les entreprises pensent rentabilité, des études ont montré que passer d'une tâche à l'autre réduit en fait la productivité de 40 %.  

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Que faire pour ne pas se faire déborder et frôler le burn-out ? Michel Malika l'affirme : il est indispensable de déconnecter. Cela tombe bien, la France a inventé le droit à la déconnexion. Même s'il paraît compliqué de demander aux cadres de ne pas regarder le soir ou en vacances leur smartphone... Autre technique, là encore difficile à mettre en oeuvre, dire non à toutes les sollicitations. Ou alors, vous pouvez vous inspirer de la technique Pomodoro. Elle consiste à choisir une tâche précise et à travailler dessus pendant 25 minutes sans interruption. Ensuite, vous prenez une pause de 5 minutes avant de repartir. Cela peut paraître court mais travailler 25 minutes d'affilée est aujourd'hui un luxe. Cette méthode permet aussi de réhabituer son cerveau à se concentrer, à stabiliser son attention et, au final, à diminuer notre anxiété. 

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